Pendant plus de 200 ans, durant la période d’isolement du Japon à l’ère Edo, la petite île artificielle de Dejima dans le port de Nagasaki a servi d’unique point de contact et d’échange entre le Japon et l’Occident. Historiquement elle était réservée aux étrangers qui débarquaient au Japon par bateau. Cette minuscule enclave de 9000m² allait jouer un rôle important dans l’histoire du Japon. Aujourd’hui, Dejima a été reconstitué comme à l’époque. C’est devenu un musée à ciel ouvert qui retrace l’extraordinaire destin de cette île artificielle. En tant que visiteurs, nous sommes amenés à découvrir les différents espaces et à comprendre le fonctionnement de ce comptoir de commerce hollandais.
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Vous prévoyez de visiter la ville de Nagasaki au Japon ? On a écrit un city guide complet du plus chaleureux port japonais ! Allez donc y jeter un oeil, il y a tout un tas de bonnes adresses.
📖 Quelle est l’histoire de Dejima à Nagasaki ? un isolement stratégique
Puisque nous sommes devant des bâtiments historiques, revenons un petit peu sur le contexte politique du Japon à la construction de l’ile artificielle de Dejima en 1634.
Contexte : la politique du Sakoku
En 1603, Tokugawa Ieyasu devient le 1er shogun de la dynastie. Celle dernière va régner d’une main de fer sur le Japon pendant toute la période Edo. L’archipel connaît à cette époque une politique qui isole le Japon de l’extérieur. Le sakoku est introduit progressivement par Iemitsu à partir de 1633.
Mais qu’est-ce que craignait tant le shogunat pour qu’il décide de fermer complètement le pays ? Tout simplement la propagation du christianisme et l’influence politique des puissances étrangères.
En 1634, le shogun Tokugawa Iemitsu a ordonné la construction d’une île artificielle à Nagasaki. L’objectif est d’isoler les commerçants portugais et de les empêcher de propager le christianisme au Japon.
De la présence portugaise au monopole hollandais
Les missionnaires et marchands portugais venaient déjà par bateaux depuis la 2ème partie du XVIe siècle. Cette fois-ci, ils établissent la 1ère communauté internationale sur Dejima. Mais leur pratique de la foi chrétienne est suivie de près et ils finissent par être expulsés du territoire en 1639. Ils auront quand même tenu plus de 5 ans. 2 ans après, le comptoir hollandais a été déplacé de Hirado à Dejima. Les Néerlandais se sont vu accorder ce privilège car ils ont aidé les japonais lors de la rébellion de Shimabara en 1637 où des Japonais chrétiens se sont révoltés.
🏛️ L'architecture et l'organisation de l'ile de Dejima à Nagasaki
Dejima était une étroite bande de terre dont la superficie était l’équivalent de 2 terrains de foot.
Vous verrez qu’à travers de la visite libre vous découvrirez l’ensemble des bâtiments, leur fonction et surtout qui vivait sans pouvoir vraiment sortir à Dejima ! Certains édifices ont été restaurés à l’identique. Et l’on se projette bien sur la difficulté de vivre de manière si restreinte. Tout devait être organisé !
🛍️ La vie à Dejima : du commerce sous étroite surveillance
Si les étrangers étaient isolés, c’était bien sûr pour pouvoir les surveiller.
Les Hollandais devaient respecter des conditions de vie strictes. Ils avaient l’interdiction de sortir de l’île, ne pouvaient pas amener de femmes néerlandaises avec eux, devaient déposer leurs armes à leur arrivée. Et surtout ils restaient sous surveillance japonaise en continue. Il n’y avait guère plus d’une vingtaine de Hollandais à Dejima à tout moment. L’Opperhoofd ne restait en poste qu’une seule année car les conditions d’enfermement étaient considérées comme difficiles.
Lors de votre visite, vous verrez qu’il y a toujours un samurai qui garde l’entrée de chaque porte. Aujourd’hui il est toujours en costume d’époque mais ne conserve pas la lame affutée comme autrefois. Ils avaient le droit d’entrer dans l’îlot à tout moment pour inspecter les marchandises. Les gardes recherchaient des marchandises interdites telles que des livres religieux.
C’est là qu’on peut se dire “quand même, quel intérêt à vivre dans ces conditions si on ne peut rien faire ?”. Et bien encore et toujours, le commerce et l’appât du profit. Au XVIIe siècle le comptoir pouvait voir arriver entre 5 et 7 navires apportant de la soie, du coton, des herbes médicinales, des épices, des peaux de requins mais aussi des instruments européens. Ils repartaient chargés de cuivre, d’argent, de camphre et de porcelaine d’Imari. De 1641 à 1847, 606 navires néerlandais sont arrivés à Dejima, avec un pic d’environ 7 par an avant 1671. Vous vous imaginez la côte de popularité en Hollande lorsqu’on montre à la haute ces objets venus du bout du monde ?
🏰 Pourquoi avoir conservé Dejima ?
Le gouvernement japonais de l’époque a décidé de fermer complètement le pays. Mais alors pourquoi avoir conservé un seul îlot comme port d’attache du monde extérieur ?
La réponse est simple : le rangaku qui se traduit par “études néerlandaises”. En d’autres termes, un accès au savoir. L’information est la clé pour ne pas se faire dépasser et conserver une avance technologique sur les ennemis.
Le rangaku est une discipline d’analyses développées par le Japon lors de ses contacts avec les Néerlandais de l’île de Dejima. C’est ainsi que les technologies, astronomie, mathématique, physique et connaissances de médecine du monde occidental ont fuité.
Conséquences directes, les bases théoriques étaient implantées ce qui a rendu en partie la modernisation du Japon plus rapide lors de l’ouverture du pays au commerce extérieur à partir de 1854.
La fin de Dejima et son héritage en 1857
Dejima a vu son rôle prendre fin dans les années 1850 lorsque les puissances occidentales ont forcé le Japon à s’ouvrir. Cela fait la suite à l’expédition américaine Perry en 1853-1854. Les Néerlandais fermeront le poste de Dejima en 1857.
Dejima perd son statut d’île en 1904 lorsqu’une bonne partie de ses couloirs d’eau sont comblés pour gagner des terres sur la mer. Ses bâtiments d’époque sont ensuite en partie soufflés par l’explosion de la bombe atomique sur Nagasaki le 9 août 1945. Grâce à leur valeur historique nationale reconnue depuis 1922, des rénovations d’envergure sont menées dès 1951.
Les bâtiments ont été pratiquement tous reconstruits à l’identique. Deux d’entre eux étant d’ailleurs d’époque. Aujourd’hui c’est donc un musée à ciel ouvert où les visiteurs peuvent remonter dans le temps et voir comment le commerce extérieur s’est déroulé pendant l’ère dite « fermée » du Japon.
🔮 Qu’est ce qu’on peut voir en visitant le musée de Dejima ?
On retrouve le Dejima de l’époque des hollandais avec des bâtiments reconstruits à l’identique. Des informations et artefacts retracent l’usage de chacune des structures ainsi que l’histoire plus détaillée des lieux avec des anecdotes comme on les aime.
Certaines structures ont été reproduites tandis que d’autres ont été réinterprétées. Ainsi on distingue plusieurs époques d’architecture entre les entrepôts, les espaces communs, la cuisine etc…
Sur place, il y a aussi un le Nagasaki International Club qui sert de la cuisine occidentale, une boutique de souvenirs, des toilettes etc..
On a beaucoup aimé la partie à gauche lorsque l’on rentre par la porte d’entrée principale. C’est la section avec les jardins, une reconstitution miniature de Dejima, ainsi qu’un arbre d’époque âgé de plus de 150 ans transplanté depuis Jakarta !
💡 Informations pratiques pour visiter Dejima à Nagasaki
Combien coûte l’entrée à Dejima à Nagasaki au Japon ?Design Showcase
Les billets adultes coûtent 520¥ jusqu’au 31/03/2026 et passeront à 1100¥ pour un billet adulte à partir du 1er Avril.
Le site est ouvert de 8h à 21h00 tout les jours avec une dernière entrée à 20h40. Il est illuminé pendant les soirées.
Combien de temps passer sur place à Dejima ?
Compter 1 à 2 heures à parcourir l’histoire du japon dans ce musée à ciel ouvert. Il y a quelques informations, des courtes vidéos et des expositions. A vous de voir combien de temps vous souhaitez consacrer à ces informations parfois très précises sur le commerce de la soie ou du cuivre.
Comment se rendre à Dejima à Nagasaki ?
Depuis la gare de Nagasaki, il ne faut que 10 minutes avec le tramway de la ligne 1 pour rejoindre Dejima. Descendez à la Dejima Station et rejoignez en 3 minutes à pied la porte d’entrée principale en longeant le canal jusqu’au pont Dejima Omotemon.
Est-ce que Dejima vaut le coup à Nagasaki ?
C’est clairement l’un des bâtiments historiques les plus importants de Nagasaki au Japon. En ayant habité un mois à Nagasaki, nous avons attendu le dernier jour pour le visiter… quelle audace. 500¥ c’est à peine 2,50€ et c’est peu cher payé pour le poids historique de cet endroit et les travaux de réhabilitation qui y ont été menés. Calme, bien fait, on a bien aimé y passer une belle heure et demie. En plus le lieu est plutôt photogénique avec ces bâtiments en bois.
📍 Epingle notre guide pour visiter Dejima à Nagasaki !




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