Les Paresseux Curieux

Voir le monde à 270 degrès

Pemuteran, Bali avec 1 jour = 1 corail : rendez vous au chevet des coraux
Asie, Destinations, Indonesie

Pemuteran, Bali avec 1 jour = 1 corail : rendez vous au chevet des coraux

Le but du reportage 1 jour 1 corail ? Vous raconter le quotidien de ceux qui sont au chevet d’un océan meurtri et qui tentent d’amorcer une métamorphoseC’est aussi une manière pour nous de mettre en avant d’autres activités que vous pouvez faire pendant vos vacances afin de soutenir des initiatives locales. Dans ce premier format, nous vous emmenons à Pemuteran, Bali.

Ce projet est porté par les donations de nos abonnés mais aussi par notre partenaire GoByAva, notre assurance voyage qui nous suit depuis le début de nos aventures autour du monde. Vous voulez soutenir notre projet ? Rendez vous sur notre cagnotte en ligne GlobeDreamers !

Nous n’avions jamais entendu parler de Pemuteran. C’est une abonnée qui nous raconte, enthousiaste, ses plongées sur la côte Nord de Bali avec Simon, dive master installé sur place. Cela nous donne envie d’en savoir plus et on décide de commencer nos recherches et notre aventure balinaise dans ce petit village à l’apparence tranquille. 

Avant d’arriver, nous avons rapidement échangé avec Simon. Il nous décrit beaucoup d’initiatives pour protéger l’océan et reconstruire les récifs détruits par des années de pratiques destructrices. La curiosité de découvrir Pemuteran nous envahit progressivement. Pourtant, il ne fait l’objet que de quelques lignes sommaires dans notre guide de voyage et sur les blogs. 

🐢 Pemuteran à Bali : petit village mais beaucoup d’initiatives

Tout commence par une plongée, avec Marc et Simon de Phocéa Bali. Puis une visite au BioRock et Metamorfosa, deux projets de restauration des récifs coralliens. Nous aurons la chance de planter nos 20 premiers coraux à Pemuteran ! On ne s’arrête pas là dans notre exploration. Suzanne organise des chasses à la COT (crown-of-thorns), une étoile de mer qui dévorent les coraux paisiblement sans prédateur. Le Turtle Rescue Center travaille avec locaux pour recueillir et protéger les pontes de tortues.

Tant d’initiatives qui soulignent la fragilité de l’écosystème mais aussi la détermination de certains hommes à faire mieux et à se transformer pour tenter de rattraper les erreurs du passé.

🧴 Dynamite et plastique : au Nord de Bali, un constat sans appel

Le plastique, c’est fantastique

Quand on arrive sur la plage pour la première fois, nous sommes interpellés. Comment peut-il y avoir autant de déchets qui finiront dans l’océan. Océan dont le village est dépendant pour se nourrir et pour travailler. Pêche, plongée, tourisme.. sur le papier, plusieurs des activités du quotidien devraient pousser les habitants à plus d’attention. Le constat est malgré tout sans appel : le plastique est partout. Pour nous, français habitués des plages de l’Atlantique, la présence de ce polyéthylène est une horreur. 

A Pemuteran, le groupe Friends of Pemuteran à Bali se mobilise pour mettre en place des nettoyages de plage, accompagnés des enfants du village. Malheureusement, à chaque marée, rebelote, il faut recommencer. Une autre question se pose, si le plastique est ramassé, que devient-il après ?

Factuellement, le plastique est arrivé tard dans le quotidien des populations. Il vient aussi répondre à plusieurs problématiques de conservation des aliments, plus compliqué ici qu’en Europe. Chaleur, humidité, insectes plus gourmands.. comptez sur les fourmis pour dévorer un goûter que vous auriez oublié sur la table en moins de 10 minutes !

plage pemuteran bali

Une sensibilisation à l'épreuve des enjeux de traitement des déchets

Il n’y a pas eu de sensibilisation et d’éducation autour de ces déchets qui ne disparaissent pas comme le palmier, ou la feuille de banane. Parallèlement, la prise de conscience des pouvoirs publics et l’investissement dans un service de gestion des déchets n’est clairement pas une priorité. On est souvent choqué de voir les habitants brûler leurs déchets ou juste jeter leur emballage par la fenêtre de leur voiture. Mais ils n’ont souvent pas d’autres choix, avec très peu de centres de traitement et de ramassage des ordures.

Si ramasser les déchets sur la plage, c’est bien, il est important de mener une politique de sensibilisation globale. En effet, il est important de ne pas non plus polluer les rivières qui ruissellent dans les sols puis se déversent dans l’océan.

biorock pemuteran

L’Océan : le meilleur ennemi

Mais pourquoi si peu de considération à l’égard de l’Océan alors qu’ils habitent à côté? Pour nous, notre imaginaire d’Occidentaux avec nos vacances = plage, c’est contre-intuitif. 

En échangeant avec Marc, à Phocéa Bali, notre centre de plongée à Pemuteran, on obtient un début de réponse culturelle. L’Océan est à l’origine des malheurs qui leur sont arrivés. Tsunamis, maladies, tempêtes, envahisseurs coloniaux.. les locaux le perçoivent comme un danger et reste un lieu à éviter. On note effectivement que les maisons des habitants ne sont pas en bord de mer, mais un peu en retrait ce qui donne de la place pour les infrastructures touristiques.  

Quelques recherches plus tard, on apprend que la religion hindouiste cultive aussi une relation particulière avec la mer et l’océan. Il est en effet très mal vu de s’éloigner des fleuves sacrés comme le Gange. Culturellement, ce n’est pas une religion qui va inciter au voyage maritime.

ile menjangan pemuteran

memoji elisa 2

Lors des grandes expéditions, les explorateurs européens avaient eu du mal à recruter un équipage en Inde. Personne ne souhaitait s’éloigner du Gange et risquer une mauvaise réincarnation ! Il s’avère que les Balinais étaient très travailleurs ce qui tombaient à point nommé.

Les temples sont construits pour apaiser les esprits destructeurs de l’océan et non pas pour la vénérer. Il y en a d’ailleurs 7 sur l’île de Bali dont Tanah Lot.

Mais pourtant ils pêchent ..

Des méthodes destructrices

Devant les bateaux de pêche, on reste perplexe. Pourquoi un peuple qui a peur de la mer irait-il donc pêcher ? 

La pêche n’est arrivée que tardivement dans les mœurs. En effet, le régime alimentaire de base est principalement composé de poulet. 

Qui dit pêche récente, dit pêche avec techniques « modernes ». C’est avec de la dynamite, du cyanure ou du potassium que l’on attrape du poisson pendant plusieurs années. Ainsi, si le réchauffement climatique a un impact sur les récifs, c’est l’homme qui en est le principal destructeur des récifs coralliens des environs. 

Le principe ? Pour la pêche à la dynamite, une barre, ça explose et paf, on a plein de poissons qui flottent. Le cyanure ou le potassium est un empoisonnement qui permet de capturer les poissons encore vivants pour la plupart, afin de les revendre pour de l’utilisation en aquarium par exemple. 

Pourquoi ?

Pourquoi ça plutôt que la pêche à la ligne ? Deux raisons très simples : plus de poissons et moins d’énergie pour les attraper. Cette solution est cependant court-termiste. L’absence d’une sensibilisation à la destruction de l‘écosystème et de son impact à long terme sur la pêche est bien évidemment un drame à venir pour les familles de pêcheurs. Ainsi, si avoir de bonnes idées c’est bien, il est vraiment important d’accompagner leurs mises en place avec une inclusion des communautés locales dans le processus. Sans cela, c’est quasiment voué à l’échec. 

🌺 Reconstruire et entamer une métamorphose

Mais la tendance est au changement. En effet, certains habitants du Nord de Bali entreprennent des actions pour corriger le tir. C’est de cette volonté de changement que vient le nom Metamorfosa, l’une des NGO que l’on a visité à Sumberkima à 10 minutes de Pemuteran, Bali. 

De la même manière, de nombreuses initiatives ont émergé : ramassage des déchets dans la mer, chasse aux étoiles de mers mangeuses de coraux, replantation corallienne.. cela ne manque pas dans les environs.

rencontre metamorfosa bali pemuteran

Corriger le passé en prenant soin du présent

D’abord, on essaie de rattraper comme on peut les erreurs du passé. Cela passe par la replantation corallienne et on peut dire que c’est réussi à ce niveau là. Les structures porteuses de Metamorfosa sont juste sublimes : de l’arbre géant à l’arbre à souhait en passant par des sculptures d’artistes, c’est un vrai jardin dont ToTok et son équipe prennent soin chaque jour avec beaucoup d’amour

Ici, pas de technologie particulière, juste de l’attention. On choisit les meilleurs coraux, qui grandissent d’abord sur les lignes suspendues verticalement, avant de les replanter plus loin sur des structures porteuses. Les poissons sont partout et ont clairement élu domicile dans ce nouvel environnement propice à leur développement. On constate que les écoles de poissons ont ouvert leur porte et accueilli de nouveaux élèves. Un beau spectacle. 

Un développement si prolifique n’est pas dû au hasard. Des études des comportements coralliens pour identifier et choisir les individus à implanter ont été menées. Pour afficher un taux de croissance important et une mortalité modérée, on ne garde que les meilleures. La majorité sont des coraux dures. Des microalgues assurent la photosynthèse et viennent par la même occasion pigmenter le squelette calcaire blanchâtre (cunidaire) d’un corail.

Les coraux ont la capacité d’absorber le CO2 et de rejeter de l’oxygène grâce aux microalgues, c’est de la photosynthèse. Paradoxalement, ils sont aussi sensibles à une trop grosse dose d’UV. Certaines microalgues, partie intégrante d’un corail, se situent aux extrémités et ont une couleur différente. Elles assurent un rôle de bouclier.

pemuteran bali corail

Mais aussi en innovant !

Sur la plage de Pemuteran à Bali, on trouve BioRock. Ici, la technologie vient à l’aide du corail. De l’électricité est conduite par les structures métalliques afin d’accélérer la croissance du squelette calcaire du corail. Au lieu de grandir d’1 cm par an, on est plutôt sur du 3 ou 4 cm. 

Les structures sont accessibles en autonomie depuis la plage en snorkeling. Koman, le gérant de BioRock peut vous y amener plongée pour avoir une vue rapprochée et une meilleure visibilité des structures de coraux. Attention, replanter un corail ce n’est pas aussi facile qu’on le pense ! Il faut contrôler sa flottabilité tout en étant concentré sur un outil, les coraux autour et la manipulation.

Les structures sont impressionnantes et de toutes formes. Aujourd’hui le challenge est de produire de l’électricité « propre » pour les alimenter.

memoji elisa 2

Pour replanter du corail avec Koman et son équipe, vous pouvez vous adresser au centre de plongée Phocea Bali où aller toquer au BioRock sur la plage. Comptez 500 000 roupies par personne la plongée. Si vous avez juste envie de voir les structures, c’est accessible depuis la plage, devant le Taman Sari dans la zone avec la cabane sur l’eau et la petite éolienne. En fonction des marées, la profondeur varie.

Tout en créant de nouvelles bases pour le futur

Si il est important de « réparer » les dégâts du passé, chacun des acteurs que nous avons rencontré est tourné vers l’avenir. Mais de quelle manière ? 

L’éducation et la sensibilisation des communautés locales en les incluant dans les projets d’abord. Cela va des visites dans les écoles à des rencontres avec les pêcheurs locaux pour les sensibiliser aux bonnes pratiques. Des patrouilles de dissuasion sont aussi mises en place pour rappeler à l’ordre les plus têtues.

Aussi, le développement des activités touristiques autour de ces projets est une manière de sensibiliser à l’impact de voyageur sur l’environnement qui l’entoure et de lui donner l’opportunité de soutenir ces initiatives. 

Enfin, la mise en place d’initiatives régulières pour protéger les récifs et les côtes est nécessaire. Cela va du ramassage des déchets organisé par les amis de Pemuteran aux chasses de Crown of Thrones qui viennent détruire les récifs mises en place par Sue avec le support financier des centres de plongées. Malheureusement ces actions individuelles sont conditionnées par des moyens financiers privés, mis à mal par la pandémie et l’inflation qui frappe aussi cette partie du monde.

poissons pemuteran bali

💫 Pemuteran à Bali : une visite inspirante qui soulève des questions

On repart de Pemuteran inspirés. En effet, on ne s’attendait pas à y trouver autant de personnes impliquées dans la protection des récifs. La beauté des installations et la quantité de travail que ça implique nous impressionne, bien que nous en soyons conscients. Nous remercions toutes les personnes que l’on a rencontré d’avoir partagé avec nous leur expérience.

Cependant, l’impact de la pandémie et le manque d’implication politique, laissant la protection à des initiatives individuelles ne permettent pas une évolution plus rapide. Les financements sont capitaux pour avancer sur l’installation de nouvelles structures, la formation d’autres équipes..

Cela ouvre la question de la priorité de la croissance économique immédiate sur l’environnement et sa protection, afin d’assurer une activité sur le long terme. Tant que la pression économique sur les acteurs locaux reste trop importante, le changement est plus lent. 

Mais il n’est pas impossible et doit prendre en compte l’ensemble des axes, tout en faisant l’objet d’un encadrement strict. Ce n’est pas juste des coraux, c’est aussi la gestion des déchets, les parasites, la replantation des arbres en hauteur, qui permettront, sur le long terme, aux populations de vivre ici.

🐳 Envie d’aller voir par vous même et de soutenir ces initiatives ?

📍 Epingle nous pour replanter du corail à Pemuteran, Bali

replanter du corail a pemuteran au nord de bali
on est allé replanter du corail à Pemuteran au Nord de Bali !
- 7 octobre 2022

3 Commentaires

  • Pemuteran au Nord de Bali : une destination encore peu connue! 29 novembre 2022 at 7:25

    […] plongée découverte. Dans le cadre de notre projet “1 jour, 1 corail”, dont nous avons écrit un article récapitulatif des initiatives menées à Pemuteran, nous avons choisi la plongée bouteille pour voir ça de plus […]

    Reply
  • MC 10 octobre 2022 at 5:17

    article très instructif et motivant. Les réalités sont dites sans tomber dans le pathos, avec rigueur et simplicité. Cela donne espoir et surtout envie de travailler de son côté pour participer à l’amélioration de notre environnement naturel, économique, social parce que c’est cela l’écologie, réfléchir à tous les dimensions de notre milieu de vie.
    Bravo les Paresseux!

    Reply
    • Elisa Bonneau 14 octobre 2022 at 11:10

      Merci beaucoup Marie-Claire pour ce retour qui nous donne envie d’aller plus loin ! <3

      Reply

    Laissez un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

    1 jour 1 corail popup