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Les Mimistoires : plongée dans le chocolat à La Casa Rivera del Cacao de T. Mulhaupt et José Luis Pérez, une expérience insolite
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Les Mimistoires : plongée dans le chocolat à La Casa Rivera del Cacao de T. Mulhaupt et José Luis Pérez, une expérience insolite

Et si on vous disait que le meilleur chocolat que l’on ait goûté, c’était à la Casa Rivera del Cacao, projet mené par T.  Mulhaupt et José Luis Pérez, dans la zone cafetière en Colombie à 15 minutes de Pijao ? Sur le papier, cela ne semble pas complètement impossible, le pays est dans le Top 3 des producteurs de chocolat du monde. Cela dit, rappelez-vous : les produits de bonne qualité s’envolent toujours en direction de l’Europe. Un phénomène que l’on peut très largement généraliser à l’ensemble de l’Amérique Latine.

Alors, comment en est-on arrivé à goûter le meilleur chocolat perdu au milieu de la zone cafetière ? Au détour d’un post Facebook, nous avons eu la chance de rencontrer José et Ana qui se sont lancés dans un projet un peu fou : produire le meilleur chocolat du monde. Oui, rien que ça. Et devinez qui est leur associé ? Un Français, le chef chocolatier Thierry Mulhaupt.

Il nous semble qu’on a là tous les ingrédients d’une belle histoire. Une expérience authentique et certainement l’une des plus belles que l’on ait vécu en Colombie. On vous raconte.

🔔 La genèse du projet (parce que ça sonne fou cette histoire)

De l’arbre à la tablette

D’abord, il y a une volonté : celle de se reconnecter avec le chocolat, de retrouver ses origines. Le comble pour un artisan, c’est de ne jamais avoir vu sa matière première dans son milieu naturel. Lorsqu’on lit l’histoire de Thierry Mulhaupt et de son épouse Corinne, on y a retrouvé l’idée d’une quête : celle de partir sur les traces du cacao, d’en retrouver l’essence pour encore mieux le sublimer

Si le plus gros producteur mondial est aujourd’hui sur le continent africain, c’est bel et bien dans les Andes que le cacao est né. D’abord boisson donnée par le Dieu Quetzaltenango devenue monnaie de part son importance, il deviendra tendance en Europe après avoir rendu addict Hernan Cortez au Mexique. 

Chocolatier depuis plus d’une dizaine d’années, Thierry Mulhaupt s’illustre déjà dans un chocolat entièrement réalisé par ses soins, depuis la fève de cacao “from bean to bar” (Chocolat(e)). Mais ce n’est pas assez, il a l’envie, le besoin d’aller plus loin. Avec Corinne, sous l’impulsion d’un passé familial connecté à la Colombie, ils partent à la découverte de ce pays aux milles visages. Sans surprise, ils en tomberont amoureux et reviendront en France avec une idée : acheter une plantation, une Finca, pour fabriquer le meilleur chocolat du monde, mais cette fois-ci de la terre à la tablette.

Et pourtant… ce n’était pas gagné pour T. Mulhaupt !

Entreprise au début compliquée, c’est ainsi que leur route croise celle de José et Ana. Eux, sont réciproquement chef d’entreprise dans l’ameublement et spécialiste des stock options dans une banque. Rien à voir vous me direz ! Et bien, c’est aussi ce qu’on s’est dit à ce moment-là..

T.  Mulhaupt finit par les convaincre de s’embarquer dans cette folle aventure qui pourtant, commence mal. Après 10 fincas visitées aux 4 coins du pays, l’entrepreneur est sur le point d’abandonner. C’était sans compter sur la visite d’un cousin de José qui leur servira de guide. Le coup de foudre a lieu et c’est dans la région du Quindio qu’aura lieu le projet. 30 fincas au départ réduites à seulement 3 par un agronome et 2 spécialistes.. pour aboutir à celle-ci, la pépite, le coup de cœur. L’Eden du chocolatier se trouve à la Casa de Rivera où, en plus d’y faire pousser du cacao, on y pratique l’agroforesterie. Le sol est si fertile et les conditions si favorables, que le cacaoyer côtoie des centaines de fruits, noix et épices..

🏠La Casa Rivera del Cacao de T. Mulhaupt aujourd’hui

La Finca

Accueillis par Fernanda et son grand sourire, on se sent tout de suite comme à la maison. Un jus de fruit frais et un tour dans le jardin plus tard, nous rencontrons Ana et José. Elle parle un très bon français et lui, un excellent Anglais, mais c’est en Espagnol que nous échangerons. Nous sommes de suite fascinés par leur parcours mais aussi par la quantité d’informations qu’ils connaissent ! Mimi, fan d’anecdotes, en a appris pour au moins 3 mois. Il n’hésitera pas à partager ça avec vous au gré des articles !

La Finca a été construite petit à petit ce qui a donné lieu à.. du grand n’importe quoi.  A leur arrivée, de gros travaux ont été nécessaires pour uniformiser le tout. On est aujourd’hui sur une finca typique du Quindio avec du blanc et de la couleur. Les chambres sont superbes et décorées avec des œuvres et de l’artisanat locaux. La nuit, les bruits du rio nous bercent, en coulant en contrebas et dans lequel on peut se baigner… Un havre de paix on vous a dit ! On comprend que les amis chefs de T. Mulhaupt y trouvent l’inspiration.

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Le saviez-vous ? Il n’est pas interdit d’exporter l’art colombien. Résultat du pillage des Occidentaux suite à la conquête espagnole, une manière de le protéger… mais aussi d’empêcher sa connaissance du grand public. Impossible par exemple d’acheter des petites créations comme au Mexique lorsque l’on est un touriste… Assez frustrant quand on voit la qualité et la diversité de l’artisanat !

Et en cuisine

La cuisine est assurée par le chef Jan (prononcé Yann), mari de Fernanda et nous a beaucoup plu. Elle cultive les goûts d’une cuisine colombienne traditionnelle tout en apportant une présentation moderne juste comme il faut ! La majorité des ingrédients est élevée ou cultivée sur place à l’image de ce tilapia.

Déjà sous le charme, la magie continue d’opérer sur la suite de l’expérience, que l’on déclinera en deux parties : la découverte du cacao et celle de la région.

🚌 Comment aller à la Casa Rivera de Cacao de T. Mulhaupt ?

Je pose ça là, pour que ce ne soit pas un obstacle à votre curiosité parce qu’un chemin qui semblait compliqué a été… très simple ! C’est suffisamment rare pour le souligner en Colombie.

Arrivés au terminal de bus de Armenia, il vous faut prendre le bus local en direction de Pijao. Ensuite indiquez au chauffeur que vous souhaitez descendre après le village Rio Verde, à 1,8km après l’intersection qui sort du village. Suivez le point ci-dessous pour vous arrêter et il n’y aura aucun problème ! A l’entrée du chemin pour la Finca, il y a une jolie pancarte qui indique la direction.

se rendre a la casa rivera del cacao

☕ Une journée dans le Quindio : découverte culinaire de Cordoba à Pijao

Pour notre première journée, nous embarquons avec José pour ce qui va être l’une des plus belles journées de nos 3 mois de voyage en Colombie. Une immersion totale dans le quotidien des habitants de la région qui prend tout son sens après avoir découvert les différentes cultures du pays.

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La culture colombienne est l’une des plus riches d’Amérique du Sud. De la côte Caraïbes à la côte Pacifique, en passant par les 4 bras de la Cordillère, c’est une infinité de cultures et de façons de vivre différentes. Ainsi, on dénombre plus de 2500 recettes différentes dans le seul état du Quindio par exemple. On n’aurait pas assez d’une vie pour tout goûter !

Cordoba : kumis, forcha et artisanat de Bambou

Notre premier arrêt est au petit village de Cordoba. Détruite par un tremblement de terre en 1999, l’architecture de la ville est quelconque et ne vous invite pas forcément à la découverte. Comme d’habitude, on retrouve des maisons construites rapidement, un peu de bric et de broc. Cela dit, la place du village reprend les codes des villages de la zone cafetière avec une église colorée et une place centrale aux façades peintes.

On se rend à la Panaderia Nueva, un des premiers bâtiments à avoir ressurgi de terre après la catastrophe. C’est ici que l’on goûtera trois spécialités locales surprenantes :

  • Le kumis : une sorte de yaourt fermenté avec une bactérie qui s’appelle la Lactobacillus – très bon pour la flore intestinale, la bactérie de la Panaderia Nueva est la même depuis plus de 50 ans !! A consommer comme tel saupoudré de cannelle ;
  • Des gâteaux nommés Caucas : ça se mange habituellement avec le kumis et ça ressemble au pain d’épices gustativement ;
  • La forcha : une boisson un peu comme de la kombucha mais en plus mousseuse…José nous l’attrape dans la rue – c’est déroutant et ça piquotte la bouche ! 

Après cette dégustation, José nous emmène voir l’autre spécialité de la ville , l’artisanat de bambou mais malheureusement les boutiques (taller) sont fermées. On peut quand même voir leur savoir-faire avec de nombreuses infrastructures utilisant ce matériau sur la place principale du village. Encore une fois, on a l’impression d’être à la fois spectateur de la vie qui se déroule sous nos yeux, tout en en faisant pleinement partie, avec le regard amusé des locaux nous voyant un kumis à la main.

Pijao : café, tejo, herbes médicinales et antiquités

On prendra ensuite la route par les montagnes en direction de Pijao qui est un spectacle à part entière. La vue sur la zone cafetière, classée au patrimoine culturel de l’humanité de l’Unesco, est vertigineuse. On passera par l’épicentre du séisme qui a ravagé Cordoba en 2001. Aujourd’hui, un pont pour combler la faille qu’il a laissée dans la falaise sert de vestige de l’évènement.

Pijao est le premier village d’Amérique du Sud à obtenir le label « Slow Life », décerné par des Italiens. Le principe ? Une vie tranquille où on respecte le rythme de chacun et surtout celui de la nature. Il n’y a pas de néon dans les rues et on privilégie une consommation ultra locale. Si on peut aussi dire que la vie est « tranquille » sur la côte Caraïbes par exemple, on sent une certaine sérénité et de bonnes vibrations à Pijao. Anecdote plutôt amusante, c’est un endroit très prisé par les touristes japonais ! A chaque boutique, on marche sur les pas des chefs et de T. Mulhaupt et plus on avance, plus on imagine leur enthousiasme face à toutes ces saveurs.

Discussion autour d’une tasse (ou autre) de café

Notre premier arrêt s’appelle la Tienda du Buen Vivir (la boutique où il fait bon vivre): ça annonce la couleur ! Nous faisons la connaissance de Cristina Florez qui tient l’affaire de famille depuis plus d’une dizaine d’années. Sa passion pour le café est née entre les mains de son frère qui écrasait les grains pour les séparer de la causse.

Nous gouterons notre premier Cold Brew, 24h d’infusion à froid de café de la région. Fabuleux ! Les arômes sont complètement différents d’un café chaud : très doux et floral. Fermez les yeux et vous êtes en train de vous balader dans un champ au printemps ! Mimi goûte le même café mais en version Americano, c’est-à-dire un expresso allongé avec de l’eau chaude. Une fois le breuvage refroidi (un café ne se boit pas bouillant !), les tonalités rendent l’expérience totalement différente. Les notes de fruits viennent compléter l’effluve des grains séchés au soleil de Colombie.

Il existe plusieurs types de séchages du café : la méthode naturelle et la méthode humide. La première laisse la cerise, c’est-à-dire l’enveloppe rouge, autour du grain pendant le séchage alors que la deuxième le passe dans une machine pour ne récupérer que le grain de café qui sera ensuite séché naturellement. Choisir l’un ou l’autre, en plus de nombreux autres facteurs, changera drastiquement les arômes du café.

La Marseillaise et une machine de plus de 150 ans

On se rend ensuite au Café social, une véritable institution locale située sur la place principale. Fabio Duque, le patron, n’a jamais fermé le café, que ce soit pendant le tremblement de terre de 1999 ou pendant la prise du village par une guérilla en 2001. A côté des billards français reconnaissables par l’absence de poches dans les angles, la star, c’est la machine à café. Cette dernière est un modèle presque unique de plus de 100 ans, qui fonctionne à la vapeur. Le café est plus que basique mais la machine fascinante à regarder !

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Fabio nous chante la Marseillaise (presque en entier) lorsqu’il apprend qu’on est français ! Une drôle de rencontre où nos échanges sont ponctués de gestes précis et routiniers appris après des décennies de préparation de “tinto”, le café populaire.

Autre attraction du bar : la caisse enregistreuse. Elle ne peut aller que jusqu’à 999 pesos, en bref, elle n’a pas connu l’inflation (aujourd’hui, 1€=4100 pesos).

Tejo et almuerzo

Troisième étape, la salle municipale de Tejo. Est ce que c’est le nom d’une boisson, d’un perroquet ou d’un plat colombien ? Que Nenni, c’est celui d’un jeu qui remonte à l’époque des peuples originels. Le principe : on lance un palet en métal d’environ 700g sur une cible inclinée recouverte d’argile nommée « cancha ». Le but, déposer le projectile dans le cercle de métal situé au centre et faire exploser les pétards qui y sont disposés ! Un sport.. explosif !!

On est samedi, les joueurs sont bien imbibés et s’exclament à notre entrée dans le club. Contrairement à celui de Salento où il n’y avait que des « gringos », on est cette fois-ci les seuls touristes. S’ensuivent des accolades chaleureuses et une invitation à boire des shots d’Aguardiente avec eux, ce que l’on fait sans sourciller, avec beaucoup d’aplomb. La France a une réputation à tenir non ?

On éponge un peu l’ensemble avec un almuerzo traditionnel sur la place du village. On goûtera une drôle de boisson nommée le Masato. Le goût ? On dirait un bol de cornflakes que l’on aurait mis en bouillie. C’est franchement très curieux.

Le Patio : herbes médicinales

Notre dernier arrêt à Pijao est au Patio. On fait la rencontre de Dona Ligia et son mari.  Cela fait plus de 70 ans qu’ils cultivent toutes sortes d’herbes médicinales et perpétuent la tradition de se soigner naturellement. Dona Ligia donne des cours auprès de plusieurs institutions locales pour que son savoir perdure.

Après nous avoir fait cueillir plusieurs types de plantes, elle nous fait une infusion digestive délicieuse. Un fond de compote de fruits avec des herbes fraîchement écrasées.. miam !

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Pour consommer des herbes, gardez vous bien de faire bouillir l’eau. En effet, si cette dernière est trop chaude elle va griller l’ensemble des bienfaits retenus à l’intérieur. Aussi, essayez de l’écraser avant de la consommer pour libérer tout son pouvoir ! Enfin, si vous achetez des herbes séchées, assurez-vous de bien connaître le processus de séchage. Si c’est fait de manière industrielle, il ne reste que peu de vitamines et éléments à l’intérieur..

Buena Vista : glace, siphon japonais et coucher de soleil

Nous reprenons la route direction le petit village de Buena Vista. On fait un arrêt au café Concorde (oui oui, comme l’avion). La vue depuis la terrasse du restaurant est  époustouflante. Le lieu est encore une fois uniquement fréquenté par des Colombiens et on se sent immergé dans les habitudes locales.

On continuera la route jusqu’au village de Buena Vista pour goûter une glace à l’avocat préparée par le glacier La 75. Une vraie découverte qui nous laisse sans voix ! C’est doux en bouche, comme du chocolat blanc. Et comme du chocolat blanc, c’est un peu écœurant à la fin.

La journée se terminera sur un siphon japonais et un coucher de soleil au café San Alberto. Cette méthode d’extraction du café allemande (mais c’est pas japonais ?!) est époustouflante ! Nous n’avions jamais vu ça. On accompagnera notre tasse d’un autre verre de Miel Burbujeante, tout aussi surprenant. C’est bien un cocktail à base de gin et d’une réduction de café que l’on a goûté ! Encore une fois, notre palais est conquis. Les arômes sont étonnants, la puissance florale du café réduit à l’état de miel vient enrober magnifiquement le gin et le tonic. Quelle journée !

🍫 Deuxième jour sous le signe du cacao

Après toutes nos aventures de la veille, nous avions hâte d’en apprendre plus sur le cacao et de fabriquer notre propre chocolat. C’est après un petit déjeuner toujours aussi bon que l’on part direction… de la plantation !

Ps : cette partie est écrite dans le sens chronologique de la fabrication du chocolat, et non suivant celui de notre journée. En effet, pour respecter le temps de certaines étapes, nous avons dû commencer par le travail du cacao et non pas par la récolte des fèves.

Un peu d’histoire

La journée commence par quelques bases historiques sur le cacao et sa culture. Natif d’Amérique du Sud, il est très utilisé, au quotidien, par les Incas, Mayas et autres peuples originels. En arrivant, les Espagnols en sont tombés amoureux. Cet événement marque le début de la folie de l’exportation.

Aujourd’hui, ce sont principalement les Hollandais qui s’occupent du commerce du cacao. Ainsi, la plupart des chocolatiers, comme T.Mulhaupt, se fournissent à Amsterdam. La culture est répartie le long des tropiques de l’Amérique du Sud à l’Asie, en passant par l’Afrique, le plus gros producteur mondial aujourd’hui.

Les plantations de la Casa Rivera del Cacao de T. Mulhaupt

José et Ana nous font faire le tour des plantations pour que l’on puisse s’imprégner de cette culture et surtout.. en apprendre plus sur le terrain au sujet de ces mystérieux cacaoyers (ou cacaotiers) !

La Casa Rivera Del Cacao pratique l’agroforesterie. Cette autre forme d’agriculture consiste à respecter la nature et planter des espèces qui s’entraident les unes les autres. On apprend ainsi la présence des bananiers, espèce pourtant envahissante, mais choisie. En effet, avec leurs larges feuillages, ils offrent aux cacaoyers l’ombre nécessaire à leur croissance.

Une rencontre.. piquante !

Les plantations n’utilisent pas de produits chimiques et ne sont défendues contre les nuisibles qu’avec des substances d’origine naturelle. Mimi fait ainsi la connaissance (à ses dépens) de l’acteur principal de la reproduction des cacaotiers : le moustique ! Que pena comme on dit la bas.

Seul ce petit insecte a le dard suffisamment petit pour assurer la pollinisation des fleurs. Couvrez-vous bien si votre sang est chargé en fer car vous serez une cible idéale ! Comme par hasard, ce ne sont que les femelles qui piquent 😉

Différentes variétés et tout autant de caractères

En pleine balade, José nous raconte des histoires surprenantes sur le cacao qui est une plante vraiment… caractérielle ! Pire que le meilleur acteur colombien d’une télénovelas, certaines plantes ne s’entendent pas avec d’autres. A chaque fois qu’on installe un nouveau plant, on croise les doigts pour qu’il s’entende avec les autres et de pas tomber sur l’enquiquineur du coin.. Compliqué cette histoire ! Surtout quand on commence à s’attarder sur la sexualité des cacaoyers. Les Don Juan sont capables de faire produire énormément aux voisines, alors qu’un Tanguy sera capable de refroidir même les plus téméraires.

Le cacao est une plante qui mute naturellement et on en trouve plusieurs variétés sur la plantation. Elles ont des noms codés pour s’y retrouver car ça devient vite compliqué de savoir d’où l’espèce provient.. Il y a même une variété dite mythique (c’est un peu la carte super rare de l’album panini de l’été) qu’on ne trouve quasiment nulle part. On se balade au milieu des cabosses vertes, jaunes et brunes, si jolies qu’on en oublierait presque les moustiques qui ont fait de l’art moderne sur le visage Mimi !

Avez vous déjà goûté une fève de cacao directement sortie de la cabosse ? Nous c’était la première fois et vous savez quoi ? C’était super bon ! On trouve que ça ressemble un peu au litchi. Par contre, peu de chair et un gros noyau. Une cabosse peut contenir jusqu’à 75 fèves !

Fabrication du Cacao

Récolte, ecabossage et séchage

Étape essentielle : la récolte bien sûr ! Une cabosse pèse entre 200 grammes et 1 kilo. Dans une plantation en pente avec une récolte à la main, ça fait du poids. Il faudra ensuite retirer les fèves en ouvrant la cabosse. Durant environ une semaine, elles seront séchées au soleil et en profiteront pour fermenter et acquérir leur couleur brune.

Torréfaction et Concassage

On procède ensuite par la torréfaction de nos fèves de cacao bien séchées. A ce stade, le goût est amer et grossier. Pendant 30 minutes, elles vont torréfier au four. Il faudra changer la température deux fois. Après la période de cuisson, on concasse le tout pour séparer la petite pellicule qui recouvre la fève. Pour s’en débarrasser, c’est à la main et… au sèche-cheveux !

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A échelle industrielle, les fèves subissent un premier broyage qui donne directement la masse de cacao. Les inventions qui ont rythmé les différentes étapes du chocolat sont passionnantes et accompagnent chaque étape du processus grâce à José !

Extraction et conchage

Ensuite, on passe la fève dans un broyeur (manuel ici) pour la transformer en pâte. On se retrouve alors avec une masse épaisse de cacao et de beurre de cacao. On ne résiste pas à goûter un petit bout… et c’est toujours super amer mais on discerne cette fois-ci quelques notes aromatiques.

Pour finir, on ajoutera à cette masse de cacao, du beurre de cacao et.. du sucre (beaucoup de sucre), dans l’appareil à conchage. Si cette dernière dure entre 12h et 72h normalement, l’équipe de la Finca Rivera del Cacao a développé une formule pour pouvoir faire un chocolat « plus vite ». Ce dernier n’a pas la brillance des tablettes classiques fabriquées par T.Mulhaupt dans son atelier, mais il n’en reste pas moins bien meilleur !

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On a réalisé un chocolat à 70%, il y a donc 30% de sucre et 70% de cacao. Attention, cela ne veut pas dire qu’il y a 70% de cacao pur car on inclut aussi le beurre de cacao. Petit conseil d’ailleurs lors du choix de votre chocolat en magasin, essayez toujours de ne pas prendre ceux qui mentionnent le soja ou tournesol : cela veut dire qu’ils ont ajouté une autre source de matière grasse au lieu du beurre de cacao.

Alors ce chocolat ? Bon ?

Difficile de résumer toutes les subtilités de la fabrication du chocolat dans un article si court. Surtout que nous n’avons pas José à côté de nous pour nous éclairer de sa science !

Maintenant c’est la fin de la balade dans les plantations et surtout.. le moment de déguster notre chocolat avec des bons fruits du jardin ! On arrive face à ce plateau d’ananas, de fraises et de bananes, prêts à être engloutis sous la fontaine de chocolat.

On va être 100% honnêtes avec vous : c’est le meilleur chocolat que nous ayons mangé de notre vie. Alors que le 70% cacao du commerce nous laisse un goût amer, on a plutôt l’impression de mettre dans notre gosier un bout de douceur. C’est rond en bouche, aromatique ça se mange sans fin et faim… mais quand même, on ne sera pas venu à bout de la fontaine de chocolat !

♥ Pour conclure : pourquoi visiter la Casa Rivera del Cacao a été l’une de nos plus belles expériences en Colombie ?

L'expérience

C’est le cœur gros que l’on quitte la Finca. En 3 jours, on s’est senti comme dans notre nouvelle maison en Colombie. Chaque repas en compagnie de José et Ana, chaque échange autour du cacao, de la région du Quindio, de la Colombie, chaque curiosité.. Tout ça, ajouté au cadre parfait de la Finca, a rendu les moments incroyables. Un vrai écrin de verdure, où chaque pièce a une histoire qui n’attend que d’être partagée. Un petit paradis où l’on se verrait bien poser nos valises quelques jours de plus.

Ces 3 jours ont créé en nous deux sentiments très contradictoires : de la gratitude et de la frustration. Après 3 mois en Colombie, on pensait avoir cerné plus ou moins la culture du pays. Mais tous ces moments et échanges nous donnent l’impression d’avoir simplement effleuré la « vraie »culture colombienne. Loin de la côte Caraïbes, loin des chemins tout tracés pour le touriste, nous avons le sentiment d’avoir à peine gratté la couche superficielle établie pour le tourisme et découvert une pierre précieuse encore brute que l’on aime un peu plus chaque jour de notre voyage. Après le Mexique, c’est peut être la deuxième fois que l’on se sent aussi bien quelque part.

Le projet de José et T. Mulhaupt

Le projet de T. Mulhaupt et José Luis Perez est porteur de sens, une vraie collaboration pour partager le meilleur de deux cultures et de deux savoir-faire. Il y a tellement de choses que l’on consomme chaque jour dans notre quotidien sans savoir d’où elles viennent. La démarche nous a beaucoup touchés, même inspirés.

Si vous aimez découvrir en profondeur une région, une culture, les habitudes de ses habitants et un projet moderne, vous ne pouvez pas passer à côté de cette expérience à la Casa Rivera del Cacao. Vous ne parlez pas espagnol, ne vous inquiétez pas Ana et José parlent français ou anglais et sauront vous transmettre leur passion. Allez-y, vous ne regretterez pas.

Pour ceux qui habitent ou passent par Strasbourg, n’hésitez pas à passer à la boutique de T. Mulhaupt pour une bonne dégustation de pâtisseries et chocolats !

🧷 Epingle nous pour retrouver la plantation de cacao de T. Mulhaupt!

- 3 juin 2022

1 commentaire

  • Visiter Salento, village des plus charmants mais aussi des plus touristiques 9 juillet 2022 at 6:48

    […] qu’il y a plein d’autres villages surprenants au alentours ! Ne manquez pas nos articles sur Pijao ou Filandia pour un séjour inoubliable et authentique. Allez, embarquez pour un voyage en Willys […]

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